La voie directe vers le sommet

Vous avez sûrement été impressionnés à un moment ou un autre par un enfant prodige qui, à un très jeune âge, maîtrise avec brio les mathématiques, les échecs, les arts visuels ou la musique. Les capsules vidéos qui montrent des virtuoses de cinq ans au piano ou au violon sont fascinantes et très populaires.

Évidemment, les enfants prodiges sont exceptionnels. Pour la vaste majorité d’entre nous, il y a un long chemin à parcourir avant d’atteindre les sommets dans un domaine.

Et pour briller au plan professionnel ou maîtriser une discipline dans quelque domaine que ce soit – sports, arts, sciences ou spiritualité – il faut non seulement le vouloir, mais aussi apprendre de ceux qui ont parcouru le chemin avant nous et qui sont aptes à guider.

En réalité, très peu de personnes veulent accéder au sommet (ou au meilleur) de quoique ce soit. Et avec l’aide de Google, ces jours-ci, on peut tout savoir (ou presque). Alors tout le monde veut faire sa propre affaire.

L’univers du web a créé des communautés égalitaires. Tout un chacun a droit à son opinion. La personne ignare et le néophyte dégainent en deux temps, trois mouvements dans les forums des réseaux sociaux pour signifier leur désaccord profond avec un début d’opinion exprimé par l’expert.

Lorsqu’on en vient au monde des experts, encore faut-il séparer le bon grain de l’ivraie. Des soi-disant spécialistes sont parfois, de fait, des professionnels en marketing avec certaines connaissances dans un domaine.

Et même lorsqu’on a affaire à un véritable expert, il arrive que celui-ci se discrédite lui-même en se comportant avec un manque d’intégrité et en faisant preuve d’une éthique défaillante.

Alors ce n’est pas facile de s’y retrouver. La tendance, de nos jours, est donc de s’en remettre à nul autre que soi-même, et la tendance des gens à vouloir être leur propre guru va sûrement persister.

Suivre humblement les pas de quelqu’un n’est vraiment pas un thème en vogue. Et pourtant, ça demeure indispensable pour accéder au sommet de quoique ce soit.

Comment savoir de quelle façon vous discipliner? En observant ceux qui ont parcouru avec succès le chemin vers la perfection. Qui sont ceux qui ont marché vers le but? Ce sont les gurus. Vous avez donc besoin de leur aide, de leur exemple personnel, de leur encouragement et de leur grâce.

Swami Sivananda

Les maîtres se distinguent des enseignants ordinaires par leur vaste capacité de transmission. Comme tout le monde ils peuvent écrire des livres et diffuser des contenus via Internet ou autrement si bon leur semble. Mais leurs enseignements ne s’arrêtent pas aux techniques que tout un chacun peut transmettre dans un livre bien fait ou une capsule vidéo virale.

Les maîtres enseignent par leur exemple. La qualité de leur présence, leur relation à la discipline dans la vie quotidienne et, plus généralement la façon de mener leur vie sont une source continue d’inspiration pour ceux qui les suivent.

Leurs paroles, parce qu’elles sont harmonisées avec un idéal, peuvent avoir beaucoup d’effet. Toutefois, c’est avant tout par leur exemple qu’ils inspirent au dépassement et guident toujours plus loin. Leur exemple est si puissant que, par lui, ils continuent à enseigner, parfois longtemps après leur décès.

Progresser dans le domaine spirituel

Le domaine spirituel n’est pas différent des autres. Il y a deux façons répandues de concevoir notre rapport aux maîtres et chacune présente un revers important.

La première est de considérer un maître spirituel avant tout comme un symbole de perfection et de sagesse.  Jésus, Amma ou le Dalai Lama, par exemple, sont indubitablement des êtres exceptionnels. Toutefois, la pensée corollaire à celle du maître-symbole est que nous ne sommes que de pauvres humains avec une nature imparfaite, peut poser problème.

Lorsqu’on persiste à croire qu’un maître appartient à une catégorie distincte et que, pour notre part, avec une nature imparfaite on n’est pas un moine et encore moins un saint, on s’en éloigne. La distance facilite un laxisme dans la conduite de nos vies. En tant que simple humains, nous pouvons nous justifier, par exemple, à entretenir des habitudes néfastes.

On contemple les qualités extraordinaires et on récite les paroles. On se prosterne devant une image, une statuette ou une icône et on accorde beaucoup d’importance aux rites. Mais le piège qui nous guette en créant un fossé identitaire est de ne pas chercher suffisamment à intégrer les enseignements dans nos vies.

« La dévotion, c’est bien davantage que de se prosterner devant une icône. »

La deuxième façon est de considérer le maître comme notre égal. Nous venons vers un sage mais en se frottant à sa présence on connaît certaines déceptions. On s’étonne de son apparence physique, qu’il puisse aimer les voitures ou encore qu’il lui arrive de s’impatienter.

Les déceptions sont dues, le plus souvent, à des attentes mal fondées, et non aux lacunes du maître. Elles érigent une barrière et réduisent toute réceptivité.

Découvrir le maître en tant que personne humaine peut mener à une contemplation exagérée de ses aspects humains aux dépens de celle de ses qualités extraordinaires. Nous sommes méfiants et attendons la première occasion pour se froisser et tout remettre en question.

Comment fait-on alors?

Mère Teresa, Guru Nanuk et Swami Sivananda ne sont pas devenus des saints parce que leur parcours était exempt d’épreuves. Ils ne sont pas devenus des sages parce que personne sur leur passage n’a érigé d’obstacles ou émis de critiques.

Dotés de fortes prédispositions, ils sont devenus des saints et des sages en s’inspirant eux-mêmes de l’exemple de saints et de sages. Ils ont appris, par l’exemple, à surmonter les défis sans s’écarter de leur idéal.

Une conception heureuse de la relation à un maître serait de s’y unir en pensée et de reconnaître qu’en tant qu’il a, tout comme nous, fait face à des épreuves tout au long de sa vie.

Comment a-t-il saisi les occasions et réagi aux épreuves? A-t-il dû surmonter le doute à certains moments? Et placé dans notre situation, comment agirait-il?

Ce n’est pas de l’irrespect ni une foi aveugle que de voir le maître en tant qu’être humain tout en cherchant à s’inspirer de la force de son exemple et de son parcours par la contemplation de ses qualités extraordinaires.

La voie plus prometteuse consiste à se mettre au diapason avec un maître qualifié avec lequel nous ressentons une affinité et pour qui nous avons le plus grand respect. Elle requiert de connaître ses préceptes, de réfléchir à la validité et à l’applicabilité des enseignements et, enfin, de les mettre en pratique.

En harmonisant nos pensées et nos actions avec celles d’un maître, nous pensons comme lui et apprenons comment agir de façon sage dans toutes les situations.

 

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